Appel à contribution

Appel à articles : "Trajectoires de vulnérabilité des territoires de montagne face aux changements globaux"

Du 09/05/2017 à 15/06/2017

Contexte et problématique

Ce numéro thématique du Journal of Alpine Research/Revue de géographie alpine (JAR/RGA) appelle à identifier et scénariser des trajectoires de vulnérabilité des territoires de montagne en réponse aux changements globaux sur le long terme. Il s’agit de questionner les dynamiques territoriales sur une temporalité longue (qui peut varier de quelques décennies à plusieurs siècles) au croisement des phénomènes sociétaux et climatiques. C’est donc un retour réflexif sur la construction des territoires à travers l’entrée des trajectoires de vulnérabilité que nous souhaitons développer. En quoi ce concept permet d’analyser les territoires de montagne sous un angle nouveau ?

Cette approche s’ancre dans la problématique des changements globaux puisque l’analyse des trajectoires de vulnérabilité donne à comprendre comment les évolutions sociétales, économiques et environnementales peuvent modifier les modèles de développement des territoires de montagne. Recourir à la notion de trajectoire permet ainsi de désigner les tendances majeures des évolutions d’un système, puisque des réponses à court terme aux évolutions structurantes pour le futur peuvent renforcer la vulnérabilité du territoire à long terme. C’est bien par une analyse de type systémique que les trajectoires de vulnérabilité se dessinent et qu’il est possible d’identifier des rétroactions positives ou négatives sur le modèle de développement.

En s’appuyant sur les travaux d’A. Magnan, V. Duvat (2012, 2010) et E. Longépée (2014) portant sur les littoraux, nous proposons ici de transposer le concept de « trajectoires de vulnérabilité » aux territoires de montagne.

La trajectoire traduit un enchaînement de processus qui définit une évolution spécifique à chaque territoire et dans des temporalités pouvant être variables. À ce titre, le passage d’un modèle socio-économique traditionnel des territoires de montagne (agriculture, pastoralisme, etc.) vers un développement centré sur le tourisme est un exemple frappant de bifurcation ou de transformation de l’usage des territoires. À travers le concept de trajectoires, c’est l’ensemble des temporalités et des acteurs à l’initiative de ces transformations qui doivent être convoqués. C’est également la possibilité de mettre en avant des points de rupture dans les dynamiques territoriales liées autant à des chocs internes (effondrement du modèle organisationnel, épuisement des ressources, catastrophes naturelles etc.) qu’à des chocs externes aux territoires (crise économique, changements climatiques, etc.) remettant ou non en question leurs modèles de développement. Ainsi ce sont des séquences entières de mutations, transformations, bifurcations dans les trajectoires territoriales qui sont identifiables.

La trajectoire donne un aspect dynamique et temporel à la vulnérabilité, qui ne peut se focaliser uniquement sur un temps « t ». En ce sens, elle sous-entend une mobilisation de l’approche géohistorique qui à travers une perspective diachronique permet la mise en récits des faits, prenant en compte les logiques spatiales et temporelles des sociétés les unes en fonction des autres (Grataloup, 2005). La vulnérabilité est envisagée ici au sens large comme le produit du degré d’exposition, de la sensibilité (l’ensemble des facteurs déterminant les modalités d’atteinte d’une société) et des capacités d’adaptation face à un changement (Smit & Wandel, 2006). Ainsi, recourir à la notion de trajectoire permet de mettre en valeur la transformation de la vulnérabilité des territoires.

Penser les transformations dans le temps permet d’avoir une vision globale de la vulnérabilité et également d’avoir une démarche prospective afin d’anticiper, d’imaginer ou de construire une trajectoire de vulnérabilité future (Magnan et al., 2012). L’intérêt d’analyser les trajectoires de vulnérabilité est de décider ensuite des priorités et des modes d'actions nécessaires dans la planification locale pour rendre le territoire plus résilient ou adaptatif face au changement global. Les sociétés humaines ont fait preuve d’adaptation face aux changements, la reconstitution de trajectoire de vulnérabilité permet de comprendre comment celles-ci ont fait face à un certain nombre de perturbations afin d’éventuellement s’en inspirer. En ce sens d’autres notions proches s’intéressant entre autres aux dynamiques territoriales dans le temps peuvent être convoquées telles que l’adaptation, la capabilité, la résilience, ou encore la vulnérabilité résilienciaire (Reghezza-Zitt, Ruffat, 2015), tout en apportant une dimension spatio-temporelle et globalisante à la compréhension des territoires de montagne.

En zone de montagne, les effets combinés des modifications du climat et des activités humaines sont susceptibles d'avoir un impact important sur les sociétés et les écosystèmes. Les territoires de montagne ont de nombreuses spécificités qui en font des terrains de recherche particulièrement intéressants, notamment sous l’angle morphologique mais également pour les valeurs culturelles et identitaires que les populations lui attribuent.

De très nombreuses activités sont présentes sur ces territoires, qu’elles soient traditionnelles (agriculture, pastoralisme, exploitation forestière) ou liées à l’exploitation de ressources naturelles (extraction minière, production d’électricité, industrie du tourisme), elles entrainent une multiplicité du type de vulnérabilité mais aussi une diversification de l’économie. Néanmoins, certaines zones connaissent une hyperspécialisation économique (ex : l’industrie, la neige…) qui induit une très forte vulnérabilité de ces territoires face aux changements globaux. La spécialisation territoriale et économique n’est certes pas un contexte spécifiquement montagnard, mais les investissements nécessaires à l’aménagement de la montagne sont extrêmement lourds entrainant des situations d’endettement des collectivités locales très importantes (Spindler, 2005).

Malgré leur intérêt, les territoires de montagne sont très peu étudiés sous l’angle des trajectoires de vulnérabilité. Contrairement au littoral, la majorité des études faites sur les vulnérabilités de ces zones est très souvent sectorisée et n’introduit pas l’angle spatio-temporel. Cet appel à article souhaite remédier à ce manque d’étude et mettre en exergue l’apport de cette entrée pour questionner les dynamiques des territoires de montagne.

Thèmes potentiels d’articles (non exhaustifs) :

  • Quelles sont les capacités de réponse des acteurs face au processus de vulnérabilité (sociale, environnementale, économique, politique, énergétique, etc.) ? Quels sont les retours d’expériences des effets induits ; peut-on observer des situations d’adaptation ou au contraire de maladaptation ? Quelle prise en compte de la durabilité des activités et des services (à la personne ou écosystémiques) ? Peut-on mettre en avant des actions ayant entrainé la réduction ou l’augmentation de la vulnérabilité ?

  • Quelles innovations dans les modes de réponses (collectif, participation…) aux vulnérabilités ? Quelles sont les nouvelles formes hybrides de connaissances, interdisciplinaires et interprofessionnelles (chercheurs, gestionnaires, professionnels, société civile) visant à penser collectivement les futurs possibles des territoires de montagne dans ce contexte de changement global ? Quelles méthodologies sont mises en œuvre : techniques participatives, scénarios prospectifs, aspects créatifs ?

  • Comment lever les verrous méthodologiques rencontrés lors de la construction d’indices visant à reconstituer une trajectoire de vulnérabilité sur un temps long ? S’intéresser aux dynamiques temporelles nécessite de rendre comparable l’information provenant de sources anciennes et parfois lacunaires. Comment gérer les données à résolution variée traitant de la vulnérabilité afin de retracer les changements d’état d’un phénomène ou d’un territoire ?

Une attention particulière sera portée à l’analyse des emboîtements d’échelles de temps et d’espace qui caractérisent le fonctionnement géohistorique des trajectoires de vulnérabilité. Toutes les montagnes du monde sont concernées afin de multiplier l’analyse comparative et les retours d’expérience.

Calendrier

Les propositions d’articles d’environ 600 mots sont à envoyer en français (si auteur francophone) OU en anglais (auteurs d’autres langues) pour le 15 juin 2017 à Dominique Baud (Université Grenoble Alpes, IGA, PACTE UMR 5194) dominique.baud@univ-grenoble-alpes.fr et Anouk Bonnemains (Université de Savoie-Mont Blanc) anouk.bonnemains@univ-smb.fr ainsi qu'à la coordination éditoriale : Olivier Vallade, olivier.vallade@msh-alpes.fr ; Coralie Mounet (Université Grenoble Alpes, CNRS PACTE UMR 5194) coralie.mounet@univ-grenoble-alpes.fr

Les articles définitifs sont attendus avant le 1er novembre 2017 pour une publication prévue en 2018.

Les articles définitifs doivent être soumis dans une des langues de la revue : langues alpines – français, italien, allemand –, espagnol ou anglais. L’auteur doit au préalable prévoir la traduction dans la seconde langue après expertise. L’une des deux versions doit être en anglais. Si l’article est proposé par un anglophone, la traduction doit être faite en français.

BIBLIOGRAPHIE

Grataloup C., 2005.– «  Géographie historique et analyse spatiale : de l’ignorance à la fertilisation croisée » , in Boulanger P., Trochet J.-R. (dir.), Où en est la géographie historique ? Entre économie et culture, Paris, p. 33-42.

Magnan A., 2010.– « Questions de recherche autour de l'adaptation au changement climatique », Natures Sciences Sociétés, 2010 Vol. 18/3, p. 329-333.

Magnan A., Duvat V., Garnier E., 2012.– « Reconstituer les “trajectoires de vulnérabilité” pour penser différemment l'adaptation au changement climatique », in Natures Sciences Sociétés, 2012 Vol. 20/1, p. 82-91.
DOI : 10.1051/nss/2012008

Smit B., Wandel J., 2006.– « Adaptation, adaptive capacity and vulnerability », in Global Environmental Change, n°16, pp. 282–292
DOI : 10.1016/j.gloenvcha.2006.03.008
Spindler J., 2005.– « Le financement des politiques locales du tourisme ». In Annuaire des collectivités locales. Tome 25. pp. 55-64.
DOI : 10.3406/coloc.2005.1841

Longépée E., 2014.– « La résilience des systèmes socio-écologiques des États atolliens dans le contexte du changement climatique : le cas de Kiribati (Pacifique Sud) », Thèse de Géographie. Université de La Rochelle, p 501.

Soumis par admin le mar, 09/05/2017 - 11:48

Revue de géographie alpine / Journal of Alpine Research

, Du 11/07/2016 au 27/12/2019

Dans le cadre de sa politique éditoriale, le LabEx ITEM est partenaire de la Revue de géographie alpine.

Le Journal of Alpine Research | Revue de géographie alpine est une revue internationale et pluridisciplinaire, créée à Grenoble en 1913. Cette revue publie des articles scientifiques inédits concernant les problématiques territoriales et environnementales sur l’Arc alpin et les montagnes du monde. Toutes les sciences sociales et les sciences de la nature sont conviées à cette réflexion problématisée autour de la montagne.
Les articles sont publiés en deux versions : d'une part dans l'une des langues alpines (français, italien, allemand) ou en espagnol ; d'autre part en anglais. L'objectif de ce bilinguisme est l'échange et la diffusion des idées.

Le Jar|Rga est référencée par l’AERES, le Web Of Science, Scopus, DOAJ.

Les articles sont librement accessibles : sur  le site Persee.fr (1913-2006) et sur le site http://rga.revues.org/ depuis 2006.