Appel à contribution

Appel à articles : De la ville à la métropole alpine. Vers une nouvelle alliance entre villes et montagne ?

Du 08/01/2017 à 31/03/2017

Appel à articles pour un numéro de la Revue de Géographie Alpine / Journal of Alpine Research. Dates limites : 31 mars 2017 (résumés), 1er septembre 2017 (articles). Directrice du numéro : Marie-Christine Fourny (Université Grenoble Alpes, PACTE UMR 5194) marie-christine.fourny@univ-grenoble-alpes.fr. Partenaire du numéro : LABEX ITEM (ANR-10-LABX-50-01) dans le cadre du programme « Investissements d’Avenir » géré par l’Agence Nationale de la Recherche. http://labexitem.fr

PLAN

Cet appel à articles vise à interroger la transformation des relations politiques, sociales et économiques entre villes et montagnes, aussi bien dans les imaginaires que dans l’action territoriale qui les actualise. Autour de l’hypothèse d’une nouvelle alliance, se posent les questions de la mise en place et de la gestion d’une intégration territoriale dont la ville ou la métropole alpine contemporaine seraient représentatives. Peut-on voir là un dépassement des hiérarchies centre-périphéries ou d’une organisation dissociant ville et nature ? L’organisation des régions urbaines demande de nouveaux récits propres à fonder la cohésion de ces territoires complexes. En mobilisant et resignifiant les objets géographiques génériques que sont la ville et la montagne, ces recompositions peuvent-elles montrer de nouvelles modalités de construction des ces catégories ?

Contexte

Les dossiers thématiques que la Revue de Géographie Alpine a consacré à la question urbaine sont fort peu fréquents. Après les travaux pionniers de Raoul Blanchard sur la géographie urbaine, c’est dans les années 90 que deux numéros successifs sont consacrés à la ville alpine. La relation villes-Alpes était alors abordée de deux manières différentes : au travers de l’identité alpine pour une part, du développement économique d’autre part. Les deux approches s’avéraient d’ailleurs complémentaires. L’entrée économique permettait d’examiner les effets de milieu et notamment de la morphologie montagnarde au prisme des modèles de la polarisation. Elle amenait à un constat nuancé, montrant notamment que la trajectoire de ces villes ne les distinguait pas des d’autres entités de même taille en Europe. La préface faisait toutefois état de « facteurs alpins spécifiques, tels que le relief, les traditions, l’accessibilité et la faible densité de population » (Perlik, 1999, p. 10). Elle suggérait également une capacité d’innovation spécifique des régions rurales périphériques et appelait à des politiques différenciées leur permettant de s’exprimer. Autrement dit, la ville alpine se posait non pas tant comme un héritage de l’histoire et de la géographie, mais un devenir, fonction de l’intégration entre un espace urbain et un territoire.

Le second volume abordait les représentations et les discours amenant à l’identification des villes alpines. Il montrait là encore l’impossibilité de définir des caractères communs aux villes des Alpes, ne serait-ce que dans leur localisation. La qualité alpine s’avérait un construit, politique, social ou scientifique, brandi pour ses capacités à susciter des appartenances mobilisatrices et des représentations valorisantes. Représentant avant tout un discours performatif, la ville alpine apparaissait comme le support d’un projet politique et/ou idéologique, qu’il soit d’appropriation territoriale (la « capitale » alpine), de « club » (réseaux de villes) ou de promotion du développement durable (label Ville des Alpes de l’année).

Les deux numéros suggéraient finalement l’idée d’un nouveau rapport entre villes et montagne, sinon en émergence, au moins souhaité et travaillé par un certain nombre d’acteurs. Un rapport qui ne s’inscrivait pas dans des relations fonctionnelles, telles que les révèlent la périurbanisation ou les formes d’exploitation économique des ressources, mais bien dans une dimension symbolique. Alors que la modernité avait construit les imaginaires de la ville et de la montagne dans leur opposition respective, que la période contemporaine les avait reproduit et actualisé dans des politiques montagne naturalistes et ruralistes, ou dans des politiques touristiques et résidentielles brandissant la différence tout en œuvrant par ailleurs à la banalisation, ces articles de la fin du vingtième siècle questionnaient la possibilité d’une réconciliation des imaginaires. Plus exactement, ils interrogeaient les conditions de l’émergence d’un espace composite, notamment au travers de l’usage des valeurs de la référence idéelle à la montagne.

Vingt ans après ces analyses, les évolutions contemporaines accréditent l’idée de relations renouvelées et complexifiées :

  • la valeur d’agrément de l’environnement joue un rôle moteur dans les dynamiques résidentielles et économiques. Elle intervient aussi bien dans la revitalisation des espaces de montagne, via l’économie présentielle, que dans l’attractivité des villes de piémont ;

  • un nouveau rapport à la nature est travaillé dans les villes, que ce soit dans l’urbanisme ou dans les circuits alimentaires ou l’aménagement des espaces agricoles ;

  • les modes d’habiter, dans leur rapport à la maison, au corps, à la nature, confèrent une qualité particulière aux espaces de montagne. Ceux-ci répondent aux aspirations en termes de loisirs, de relations sociales et familiales. Mais ils semblent offrir également des ressources et des capacités d’action pour des individus ou des groupes en quête de modes de vie alternatifs ;

  • dans un contexte de transition, la montagne est amenée à jouer de nouveaux rôles sociaux. Les adaptations au changement climatique, les formes d’innovation, passées ou contemporaines dans un contexte contraint, l’exposition aux aléas, renouvellent un rôle de « laboratoire » pour l’observation et l’expérimentation des processus de changement ;

  • la métropolisation enfin pose la question des relations ville-montagne à de nouvelles échelles. Au niveau local, on voit la constitution d’espaces institutionnels intégrant espaces montagnards et espaces urbains. Au niveau européen, la stratégie macrorégionale pour les Alpes conduit à travailler les interdépendances entre le massif alpin et les zones métropolitaines et à reconnaître leurs enjeux pour l’ensemble de l’Europe.

Ces évolutions, demandent à être analysées et interprétées, dans leurs significations, leurs convergences et leurs contradictions, dans les similitudes et les différenciations locales, et dans les spécificités du contexte montagnard.

Problématique

Les différentes dynamiques ainsi esquissées renvoient de manière générale à la transformation des relations entre les villes et leurs périphéries, en particulier en Europe, dans un contexte de métropolisation pour une part, de mutations sociétales des rapports au progrès et à la nature d’autre part. Dans ce numéro thématique, nous souhaitons en interroger les formes, les conséquences et les spécificités dans l’arc alpin, et identifier ainsi les caractères des villes alpines contemporaines. Les articles pourront ainsi examiner :

  • les nouvelles territorialités politiques, les modes de gestion et les stratégies mises en place, et ce aussi bien aux échelles locales que transnationales, des intercommunalités à la macrorégion. Les villes peuvent-elles avoir une politique montagne ? Et les massifs montagnards une politique urbaine ? Quels concepts ou outils permettent de penser et mettre en œuvre de nouveaux rapports entre pôle, espaces ruraux et/ou périphériques ? Quelles innovations institutionnelles sont suscitées ou rendues nécessaires ?

  • les conséquences quant à la place de la montagne dans la hiérarchie des espaces et de leurs valeurs. À l’opposé des interprétations en termes de domination, économique ou culturelle, la montagne peut-elle trouver là une valeur de modèle social, voire figurer un modèle transitionnel (comme le suggère par exemple le Voralberg) ?

  • les transformations des relations villes-montagne en regard des évolutions générales du rapport des villes à leurs espaces environnants. Que change la dimension montagnarde ? Marque-t-elle une accentuation de certains traits ? Permet-elle d’identifier une spécificité ? Plus généralement, à quelles figures d’urbanité ou de gouvernance renvoie la ville-montagne : une expression de la ville–nature ? un espace relationnel ? une bio-région ou d’une nouvelle forme d’asymétrie ?

  • Le récit territorial, les discours, les pratiques et les représentations de la ville alpine contemporaine. L’identification d’une ville ou d’une métropole sur des caractères d’alpinité fait-elle encore sens ? Si ces derniers sont mobilisés, comment, sur quels contenus et à quelles fins ? Quels glissements sémantiques entre ville alpine et métropole alpine ? Quel lien entre récit et pratiques ? En regard des aspirations résidentielles contemporaines, que peut apporter la montagne à proximité des villes ou pour les urbains ? Peut-on aller de ce point de vue plus loin que l’identification des agréments environnementaux ? La montagne offre-t-elle une habitabilité particulière ? De quelle nature et pour qui ?

Calendrier

Les propositions d’articles d’environ 600 mots sont à envoyer en français (si auteur francophone) OU en anglais (auteurs d’autres langues) pour le  31 mars 2017 à Marie-Christine Fourny marie-christine.fourny@univ-grenoble-alpes.fr (Responsable scientifique Labex ITEM Innovation & Territoires de Montagne. Université Grenoble-Alpes, PACTE UMR 5194) ainsi qu'à la coordination éditoriale : Olivier Vallade, olivier.vallade@msh-alpes.fr ; Sylvie Duvillard (Université Grenoble Alpes, CNRS PACTE UMR 5194), sylvie.duvillard@univ-grenoble-alpes.fr Les articles définitifs sont attendus avant le 1er septembre 2017 pour une publication prévue en 2018.

Les articles définitifs doivent être soumis dans une des langues de la revue : langues alpines – français, italien, allemand –, espagnol ou anglais. L’auteur doit au préalable prévoir la traduction dans la seconde langue après expertise. L’une des deux versions doit être en anglais. Si l’article est proposé par un anglophone, la traduction doit être faite en français.

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Soumis par vincent.rauzier le dim, 08/01/2017 - 20:55

Revue de géographie alpine / Journal of Alpine Research

, Du 11/07/2016 au 27/12/2019

Dans le cadre de sa politique éditoriale, le LabEx ITEM est partenaire de la Revue de géographie alpine.

Le Journal of Alpine Research | Revue de géographie alpine est une revue internationale et pluridisciplinaire, créée à Grenoble en 1913. Cette revue publie des articles scientifiques inédits concernant les problématiques territoriales et environnementales sur l’Arc alpin et les montagnes du monde. Toutes les sciences sociales et les sciences de la nature sont conviées à cette réflexion problématisée autour de la montagne.
Les articles sont publiés en deux versions : d'une part dans l'une des langues alpines (français, italien, allemand) ou en espagnol ; d'autre part en anglais. L'objectif de ce bilinguisme est l'échange et la diffusion des idées.

Le Jar|Rga est référencée par l’AERES, le Web Of Science, Scopus, DOAJ.

Les articles sont librement accessibles : sur  le site Persee.fr (1913-2006) et sur le site http://rga.revues.org/ depuis 2006.